Archive des articles

Pendant quelques années, ce site a comporté une partie « blog », où les chanteurs du Madrigal et le chef de choeur pouvaient vous faire part de leurs « coups de coeur » et de leurs expériences musicales et culturelles. Nous avons supprimé cette partie du site – à vrai dire peu active – mais vous pourrez lire ici quelques un des articles du (défunt) blog.


Voyage à Zagreb, via Ljubjlana

Avec 6 autres membres du Madrigal, je suis parti pour Ljubjlana (Slovénie) le mercredi 4 juin. Plusieurs d’entre nous connaissaient la ville (Europa Cantat 2007) ; pour ma part je l’ai découverte. Malgré la pluie, j’ai beaucoup apprécié l’atmosphère de cette « petite » capitale, tranquille, accueillante. Pas trop dépaysé, d’ailleurs : les paysages Slovènes et la ville ressemblent fort à l’Autriche, toute proche, géographiquement et historiquement.

Ljubljana Ljubljana

A Ljubljana, nous avons logé au « Youth Hotel Celica », aménagé dans une ancienne prison. Chaque chambre, installée dans une cellule », a été décorée et aménagée par des artistes et designers différents… à vivre !

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Puis nous avons pris le train pour Zagreb : peu de distance à parcourir, mais une ligne serpentant au fond d’une vallée de montagne et un train s’arrêtant à chaque gare… c’est ça l’aventure du voyage…
A Zagreb, nous avons logé dans une jolie maison, divisée en appartements…

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Là aussi, la pluie ne nous a pas empêché de découvrir la ville. Zagreb est par contre une grande capitale, et je me suis contenté de parcourir la ville haute, la partie la plus ancienne et la plus intéressante de la ville.

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La ville basse est plus commerçante, plus moderne… à découvrir une autre fois.

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Musicalement, beaucoup d’émotion, avec ce public chaleureux, très touché qu’un choeur français ait fait le déplacement et chante en croate des oeuvres d’Emil Cossetto…

Voir d’autres photos : sur mon espace de partage de photos

Bruno Parmentier (Basse… et webmaster) – 12 juin 2008


Hommage à Jacques Barathon

Le Madrigal remet à son répertoire « Syracuse » d’Henri Salvador, harmonisée pour le choeur par Jacques Barathon (1936-2003).

Je suis personnellement très heureux de cette reprise, d’abord parce qu’il s’agit d’une très belle chanson, très finement harmonisée « jazzy », mais aussi parce que la chanter me rappelle de bons moments musicaux et humains…

Jacques BarathonJ’ai en effet pu travailler à plusieurs reprises avec Jacques Barathon, dans le cadre de stages d’été (petits ensembles vocaux, direction de choeur), organisés par « Chemins de Musiques », à Saintes. J’ai pu apprécier ses grandes qualités de musicien et de pédagogue, ses qualités humaines, sa gentillesse. Je me rappelle aussi sa complicité amicale et musicale avec ses « compères » musiciens qui encadraient les stages : Marie-Claire Cottin, (pardon Marie-Claire, pour le masculin du mot, mais « commère », vraiment, ne te sied pas du tout !), Stéphane Caillat, Roland Lemaitre…

Alors en chantant Syracuse, j’aurai une petite pensée pour ce musicien et pédagogue dont j’ai pu croiser le chemin. Si le Ciel existe, il doit être, là-haut, en train de faire chanter les copains (et les autres)…

Bruno, basse – 5 avril 2008


Le silence

La poésie a encore des choses à nous apprendre, sur l’expérience musicale aussi.

Guillevic :
Je fore / Je creuse / Je fore dans le silence
Ou plutôt / dans du silence.
Celui qu’en moi / je fais.
Et je fore, je creuse
Vers plus de silence
Vers le grand / le total silence en ma vie
Où le monde, je l’espère /
Me révèlera quelque chose de lui.

Michel Pirson – chef de choeur – 3 avril 2008


Bobin parle de Dickinson

Superbe émission de Colette Felous (F.Culture, Carnet nomade) ce dimanche 9 mars 2008. Elle est consacrée à Emily Dickinson. Christian Bobin en parle magnifiquement, avec une tendresse à peine voilée. Il a publié récemment « La dame blanche » (Gallimard, 2007).

Il est tout à son sujet. Ecoutez-le sur Carnet nomade *

Michel Pirson – Chef de choeur – 9 mars 2008

* Le fichier son de l’émission n’est plus disponible à cette date (déc. 2009), mais la page de l’émission propose une intéressante bibliographie. [Note du webmaster]


Les cinq éléments – les voix, les directions…

Il est intéressant de noter la symbolique des 5 éléments.

Dans la tradition occidentale, la terre, le feu, l’eau, l’air et l’éther.
Ils correspondent aux 5 voix de la polyphonie, soit respectivement: la basse, le ténor, l’alto, le soprano et … le soprano léger.

Dans la genèse de l’écriture alphabétique coréenne (au 15e siècle), les 5 éléments sont le bois, le feu, la terre, le métal et l’eau.

A chacun des 5 éléments correspond une des 5 consonnes de base, qui renvoie à l’image de l’organe sollicité, mais aussi à une note, à une saison et à une direction:

le bois = les molaires, le printemps, le mi, l’Est
le feu = la langue, l’été, le sol, le Sud
la terre = les lèvres, l’été indien, le do, le centre
le métal = les incisives, l’automne, le ré, l’Ouest
l’eau = la gorge, l’hiver, le la, le Nord

On notera que les 4 directions – les points cardinaux, sont complétés par le centre.

Curieusement, de l’autre côté du monde, dans la tradition des tribus indiennes d’Amérique du Nord, le nombre 4 est aussi un nombre cosmologique sacré, mais il renvoie à une 5e direction, vers laquelle les autres convergent : le centre.
« (…) il y a 4 mondes, 4 directions, 4 saisons, quatre couleurs fondamentales, etc. Mais cette succession n’est ni une progression, ni un chemin, c’est un cercle. Elle tourne et regarde sans cesse vers son centre. Il y a quatre directions parce qu’il n’en est qu’une : le début est partout. » (Florence Delay/Jacques Roubaud, Partition rouge, p.9).

Michel Pirson – Chef de Choeur – 31 janvier 2008


Esquisse du monde ? Ou métaphore du travail musical…

Un homme devait réaliser l’œuvre de sa vie, une œuvre qui se dressât là comme une maison. Il commença par élever un échafaudage.
Pour réaliser l’échafaudage, il lui fallut de nouveaux préparatifs et d’autres échafaudages. Nombre de ces préparatifs et de ces autres échafaudages exigèrent à leur tour de longues rétrogressions, des constructions de toutes sortes, des efforts astreignants. Des efforts qui dévoraient des journées, tandis que le temps passait.
Le temps passait ; déjà l’on voyait la mort de plus en plus proche, et l’œuvre encore lointaine. Oui, maintenant, l’homme était plus loin de l’échafaudage de l’œuvre qu’il ne l’avait été d’abord de l’œuvre même… Alors qu’il avait passé sa vie en efforts incessants. La mort approchait, le temps pressait. C’est alors que l’homme trouva, sans s’en douter, ou s’en doutant à peine, un mot ; peut-être même le mot s’énonça-t-il tout seul ; et à partir des chemins que l’homme avait suivis, d’elle-même, l’oeuvre se fit.
Etait-ce une maison ? Certains, plus tard, l’appelèrent une maison.
Il n’y eut jamais d’autres maisons.
Ludwig Hohl, Chemin de nuit.

Michel Pirson – Chef de Choeur – 31 janvier 2008


La voix lyrique

Je tombe sur ces quelques lignes, qui tentent une définition du lyrisme, appliqué à l’écriture romanesque ou à l’écriture théâtrale, mais que je trouve tout à fait pertinente pour approfondir notre réflexion sur cette « voix lyrique » que je demande de travailler. Les chanteurs y reconnaîtront des mots ou des idées… Il est étrange, mais pas tellement finalement, de trouver ici les références au souffle et à la voix.
(la réf. de ce texte: Jean-Paul Goux, in Revue L’Animal, n°16 – printemps 2004, consacré à François Bon, p.167)

Le lyrisme:

Non pas les épanchement sirupeux du moi, mais ce composé d’éléments divers qui permet d’identifier une forme sans constituer pour autant un concept, et qui comprendrait entre autres et sans hiérarchie: la mise en scène de l’émotion (le texte lyrique est un texte ému, un texte qui transporte); la prédominance de la voix (l’oralité, la mise en bouche de la langue, la présence du corps pulsionnel; mais aussi la langue orale, familière; mais aussi l’oratoire, le déploiement de la voix dans la durée, et donc le souffle); la célébration admirative; l’organisation du temps par un rythme sensible (et donc la scansion par reprises: litanies, anaphores, ressassements, condensés métaphoriques récurrents).

J-P.Goux ajoute plus loin une citation de Rilke:

Le lyrisme tend à « la transmutation intégrale du monde en splendeur ».

C’est exactement ça…

Michel Pirson – Chef de Choeur – 27 octobre 2007


Une perfection absolue ?

L’interprétation de l’œuvre musicale n’épuise jamais son objet.
Il est remarquable de noter que les plus grands interprètes eux-mêmes reprennent plusieurs fois le même ouvrage, pour en offrir une approche plus aboutie, plus riche, …

Et pourtant, à chaque étape, nous percevons qu’on touche à la « perfection absolue ». Comme l’expliquait, un jour dans une émission du matin (Première Édition, F.Culture), Yves Angelo, le réalisateur de « Sur le bout des doigts », cette perfection absolue de l’interprétation musicale fait bien partie de notre quotidien, ce n’est pas un idéal inaccessible.
Nous sommes dans la perfection absolue quand la musique est en adéquation parfaite avec nos émotions, dans le moment de l’exécution. Vous voyez bien, je pense, de quoi je veux parler. Et cette perfection absolue est reconductible, par un chemin long et parfois difficile, dans une recherche permanente. L’idéal est, en outre, l’adéquation avec la création, non seulement à travers ce que le créateur a lui-même apporté, mais dans l’ouverture et l’enrichissement magistral de l’expérience accumulée de nos vies respectives. Et là, il n’y a pas de limites. La marche n’atteint pas le but, mais reste toujours une longue marche d’approche.

Et quelle richesse dans cette approche !

Nicolas Bouvier ajoute, admirablement:
 » Cette impossibilité à dire absolument la création, cette marche nocturne et tâtonnante vers un point d’eau que la fugacité, la précarité mais aussi la lourdeur de la condition humaine nous interdisent à tout jamais d’atteindre est sans doute le plus grand cadeau qu’un vivant puisse faire à son semblable. »

Michel Pirson – Chef de Choeur – 27 octobre 2007


Choeurs en Nord

Vous voulez tout savoir sur les prestations des différents choeurs du Nord Pas de Calais, ou en Nord Pas de Calais ?

Mettez le blog de Gabrielle Klein dans vos favoris : Choeurs en Nord !

Il est toujours bien renseigné…

Bruno Parmentier – Basse, webmaster – 13 octobre 2007


Le Hall de la Chanson

Découvert Le Hall de la Chanson, le site web du « Centre National du Patrimoine de la Chanson, des Variétés et des Musiques Actuelles ».

A la fois musée de la chanson et panorama de la chanson contemporaine et des musiques actuelles : il y en a pour tous les goûts, avec de nombreux extraits musicaux, des conférences en vidéo, un podcast…

Un beau site, très riche, je recommande !

Bruno Parmentier – Basse, webmaster – 13 octobre 2007


Europa Cantat, cru 2007

Bonjour à tous,

Voilà quelques lignes pour vous faire partager la semaine que nous avons passée, Vincent, Hélène, Sophie, Véro et moi à Ljubjana à l’occasion d’Europa Cantat. Une semaine de travail mais aussi de rencontres, d’échanges et d’émotions qui nous laisse aujourd’hui à tous un très beau souvenir. Seule présence française, nous avons vite été surnommés par Gary Graden, notre chef pour cette session, non pas « Vincent et ses drôles de dames » mais, allez savoir pourquoi, la « French mafia » …

Nous étions 130 chanteurs, venus du monde entier (Canadiens, Espagnols, Basques, Serbes, Croates, Anglais, …) autour d’un programme contemporain (Gunnar Eriksson, Bo Hansson, Michael Weldenby, Ambroz Copi, Andrej Misson, Urmaz Sisak, …). Quant à notre chef, Gary Graden, un américain vivant en Suède, il a conduit la semaine avec une énergie positive telle qu’elle mérite d’être soulignée, toujours à l’écoute de chacun. Pour ceux d’entre vous qui maitrisent le Suédois, vous pouvez trouver quelques informations sur son travail ici. J’ai aussi trouvé quelques infos sur la version italienne de Wikipédia : http://it.wikipedia.org/wiki/Gary_Graden.

L’ensemble allemand Singer Pur était présent pour faire travailler de petits ensembles. Cela a été l’occasion de découvrir (ou redécouvrir) ce sextett (5 hommes et 1 femme) avec grand plaisir. Nous étions tous sous le charme à la fin de la semaine. Le site de Singer Pur

Le temps libre était occupé par la découverte de la région et par divers cafés, apéritifs, restaurants, glaces (surtout Vincent ;-)… tout cela sous le soleil Slovène. (après le travail des partitions, est-il besoin de le rappeler!)

Je n’ai malheureusement rien à vous faire écouter. Nous avons bien été enregistrés par la radio Slovène mais … à ce jour nous n’avons rien réussi à retrouver.

Si vous cherchez des infos sur les prochaines sessions d’Europa Cantat, les programmes, les inscriptions, … tout est sur ce site.

Marie – Alto – Septembre 2007


S’exclamer

Il faut construire des possibilités de développer ce que j’appelle le circuit de l’exclamation. Un individu humain s’exclame. S’exclamer veut dire ici recevoir et rendre. Vous recevez un choc émotionnel que vous devez rendre, et vous ne pouvez pas ne pas exclamer la chose, ne serait-ce que par des onomatopées : oh ! ah ! Quand Cézanne peint la montagne Sainte-Victoire, il exclame sa stupéfaction devant cette montagne — ou tout aussi bien sa peine de ne plus la voir, de la perdre de vue. Nous nous exclamons en permanence, et de mille manières, même sans point d’exclamation, every time we claim, comme dit l’anglais. Toutes les ponctuations en sont des cas particuliers, et les points de suspension sont les silences où l’on entend une clameur — nous ne sommes alors plus très loin de la musique.

De la musique avant toute chose veut dire : l’exclamation d’abord — l’existence ne saurait se réduire à la subsistance. Être au monde, c’est s’exclamer. Nous nous exclamons déjà en parlant. Tout ce que nous disons et faisons est inscrit dans cet ordre qui est aussi un désordre. Les gestes sont de cet ordre, et de ce désordre, et Cézanne produit de tels gestes. Or, ces gestes renvoient toujours, de près ou de loin, à des techniques, objets, dispositifs. Le bonheur de vivre, c’est d’abord de s’exclamer au sens où s’exclamer veut finalement dire « s’exprimer » – mais ce mot est trop vieux et usé pour suffire à exprimer et à exclamer ce dont je vous parle.
Bernard Stiegler (Construire l’Europe).

Et en écho, Marina Tsvetaïeva citée par Erri De Luca (Le Chanteur des rues muet):

Ce n’est qu’au sommet de l’enthousiasme que l’être humain voit le monde exactement. Dieu créa le monde dans un enthousiasme.

Michel Pirson – Chef de choeur – 10 septembre 2007


Le mouvement

Cynthia Loemij, danseuse de la Compagnie Rosas, expliquait que le geste qui fonde le travail de la chorégraphe Anna Teresa De Keersmaeker est simple et s’illustre en deux interjections : le « boum » et le « hey ». Le « boum » marque la battue, le point d’impact, le rapport au sol, à la terre, mais aussi à la mort, au « lâcher prise ». Le « hey » est le cri de l’envol, de la posture aérienne, et symboliquement le mouvement de la vie.

Ces deux interjections ne s’illustrent pourtant pas dans un geste, mais s’expriment dans le souffle. Il y a là une belle analogie avec le travail du chanteur : dans le chant, le mouvement d’expiration – qui est celui de la profération, de la mélodie, du cri, … est un geste actif, tandis que le moment de l’inspiration correspond à la détente, à l’ouverture, il doit être le moment parfait du relâchement et de l’inactivité. Et non l’inverse. Le « boum » est donc inspiration, détente du ventre, du visage, reprise d’élasticité et retour vers le sol, ce qui est « en bas » ; le « hey » est lié à l’expiration active, c’est le chant qui s’élève, le dessin aérien par excellence.

Michel Pirson – Chef de choeur – 10 septembre 2007


La voix, la voie…

Dans ses Entretiens avec François Rey, François Cheng raconte — pour nous faire entrevoir l’étymologie chinoise — que le paysan qui poussait son troupeau
donnait de la voix pour le guider sur la bonne voie. La « voie » et la « voix» sont représentées par le même signe, en chinois : le Tao.
Les philosophes, inspirés par l’étymologie du mot, ont cultivé l’entrecroisement des deux sens. Coïncidence des coïncidences : en français, la voie et la voix sont homophones, faisant en quelque sorte écho aux « tao » chinois.

Michel Pirson – Chef de choeur – 10 septembre 2007


Exhalaison, souffle, buée…

« Hével havalim », vanité des vanités.

En hébreu, la racine hbl a le sens d’exhalaison, respiration ténue, souffle, buée, vapeur, émanation, fumée, vent, bulle, bulle d’air et, par symbolisme dérivé, réalité passagère, vaine, de peu ou pas d’importance, … (Jean L’Hour cité par Jacques Roubaud dans son petit livre intitulé Sous le soleil, qui présente une exégèse et une traduction du Livre de Qohélet, Vanité des Vanités).

Jacques Roubaud cite aussi Pierre Jean Jouve:

Voilà c’est tout
Et l’ourlet de la mer la poussée du feuillage la terrestre fanfare des montagnes
N’ayez pas peur de votre tristesse c’est la mienne
C’est la nôtre c’est la sienne
Ô grandeur
N’ayez pas peur voici la paix la vie la vie est admirable
La vie est vaine
La vie est admirable la vie est admirable elle est vaine

Admirables, ces quelques vers musicaux, qu’il faudrait pouvoir simplement chanter.
Ce n’est pas un hasard si le souffle de l’air y est associé. Le chanteur est dans le « rien », qui est tout.

Michel Pirson – Chef de choeur – 10 septembre 2007


Être un véritable artiste

Il faut dépasser le savoir-faire virtuose.

J’aime beaucoup les films de Jacques Doillon et je conseille de les revoir; même les plus anciens (Ponette, La Drôlesse, Le Sac de billes, Le petit brigand,…) n’ont pas pris une ride. Ils sont édités en DVD par MK2. Pour moi, ils ont une extraordinaire puissance d’émotion.
Dans le bonus du film Raja, Doillon parle de l’interprétation et dit des choses intéressantes. Il explique qu’il n’accepte jamais de se contenter d’une démonstration virtuose de la part d’un interprète. Il dit: j’ai toujours besoin de savoir ce qu’il y a derrière cet écran de fumée de la virtuosité, du savoir-faire. Il faut passer derrière.
Le savoir-faire technique est important, mais il ne faut pas duper le spectateur. Il importe donc d’être une personne avant d’être un personnage. Ce n’est plus une contrainte à partir du moment où l’on comprend qu’il y a un plaisir énorme à mesurer cette capacité que l’on a de se dépasser, et d’émouvoir profondément…

Cette idée m’intéresse tout à fait pour le travail musical. Si l’émotion peut être mimée – et l’on sait, par des études, que le mime d’une émotion approche des conditions de son émergence et la favorise, le fin mot de l’histoire est d’alimenter véritablement son interprétation de tout ce qui fait de chacun de nous – interprète – une personne unique. L’émotion doit être vraie. La technique – et tant mieux si elle touche à la virtuosité – est utilisée pour aider à l’irruption de l’émotion et à sa transmission, à l’échange avec l’auditeur.

Michel Pirson – Chef de choeur – 10 septembre 2007


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