En décembre, le Madrigal de Lille…à Strasbourg !

Invité par le Chœur de la Cathédrale de Strasbourg dirigé par Rémi Studer, le Madrigal y donnera un concert le samedi 15 décembre à 20h30.

Au programme : l’Oratorio de Noël de Camille Saint-Saëns, l’Ascension de Rémi Studer, Es ist ein ros entsprungen  de Praetorius / Sandström. Chacune de ces œuvres marque par leur tonalité tantôt éclatante, tantôt plus intérieure la subtilité et la richesse spirituelle de l’esprit de Noël.

Ce concert est enfin et surtout, le fruit d’une nouvelle collaboration, complice, joyeuse et stimulante entre  Madeleine Saur et Rémy Studer que le Madrigal, après avoir interprété une de ses œuvres en 2017, a le plaisir de retrouver en cette fin d’année.

A venir prochainement : toutes les informations pratiques pour assister au concert et nous retrouver en toute amitié à Strasbourg !

Ljubljana, Zagreb…

Avec 6 autres membres du Madrigal, je suis parti pour Ljubjlana (Slovénie) le mercredi 4 juin. Plusieurs d’entre nous connaissaient la ville (Europa Cantat 2007) ; pour ma part je l’ai découverte. Malgré la pluie, j’ai beaucoup apprécié l’atmosphère de cette « petite » capitale, tranquille, accueillante. Pas trop dépaysé, d’ailleurs : les paysages Slovènes et la ville ressemblent fort à l’Autriche, toute proche, géographiquement et historiquement.

Ljubljana Ljubljana

A Ljubljana, nous avons logé au « Youth Hotel Celica », aménagé dans une ancienne prison. Chaque chambre, installée dans une cellule », a été décorée et aménagée par des artistes et designers différents… à vivre !

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Puis nous avons pris le train pour Zagreb : peu de distance à parcourir, mais une ligne serpentant au fond d’une vallée de montagne et un train s’arrêtant à chaque gare… c’est ça l’aventure du voyage…

A Zagreb, nous avons logé dans une jolie maison, divisée en appartements…

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Là aussi, la pluie ne nous a pas empêché de découvrir la ville. Zagreb est par contre une grande capitale, et je me suis contenté de parcourir la ville haute, la partie la plus ancienne et la plus intéressante de la ville.

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La ville basse est plus commerçante, plus moderne… à découvrir une autre fois.

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Musicalement, beaucoup d’émotion, avec ce public chaleureux, très touché qu’un choeur français ait fait le déplacement et chante en croate des oeuvres d’Emil Cossetto…

Voir d’autres photos : sur mon espace de partage de photos

Bruno Parmentier – 12 juin 2008

Hommage à Jacques Barathon

Le Madrigal remet à son répertoire « Syracuse » d’Henri Salvador, harmonisée pour le choeur par Jacques Barathon (1936-2003).

Je suis personnellement très heureux de cette reprise, d’abord parce qu’il s’agit d’une très belle chanson, très finement harmonisée « jazzy », mais aussi parce que la chanter me rappelle de bons moments musicaux et humains…

Jacques BarathonJ’ai en effet pu travailler à plusieurs reprises avec Jacques Barathon, dans le cadre de stages d’été (petits ensembles vocaux, direction de choeur), organisés par « Chemins de Musiques », à Saintes. J’ai pu apprécier ses grandes qualités de musicien et de pédagogue, ses qualités humaines, sa gentillesse. Je me rappelle aussi sa complicité amicale et musicale avec ses « compères » musiciens qui encadraient les stages : Marie-Claire Cottin, (pardon Marie-Claire, pour le masculin du mot, mais « commère », vraiment, ne te sied pas du tout !), Stéphane Caillat, Roland Lemaitre…

Alors en chantant Syracuse, j’aurai une petite pensée pour ce musicien et pédagogue dont j’ai pu croiser le chemin. Si le Ciel existe, il doit être, là-haut, en train de faire chanter les copains (et les autres)…

Bruno, basse.

Trouvé sur le web : un article d’hommage à Jacques Barathon.

Le silence

La poésie a encore des choses à nous apprendre, sur l’expérience musicale aussi.

Guillevic :
Je fore / Je creuse / Je fore dans le silence
Ou plutôt / dans du silence.
Celui qu’en moi / je fais.
Et je fore, je creuse
Vers plus de silence
Vers le grand / le total silence en ma vie
Où le monde, je l’espère /
Me révèlera quelque chose de lui.

Bobin parle de Dickinson

Superbe émission de Colette Felous (F.Culture, Carnet nomade) ce dimanche 9 mars 2008. Elle est consacrée à Emily Dickinson. Christian Bobin en parle magnifiquement, avec une tendresse à peine voilée. Il a publié récemment « La dame blanche » (Gallimard, 2007).

Il est tout à son sujet. Ecoutez-le sur Carnet nomade *

Michel Pirson – Chef de choeur – 9 mars 2008

* Le fichier son de l’émission n’est plus disponible à cette date (déc. 2009), mais la page de l’émission propose une intéressante bibliographie. [Note du webmaster]

Les 5 éléments – les voix, les directions, …

Il est intéressant de noter la symbolique des 5 éléments.

Dans la tradition occidentale, la terre, le feu, l’eau, l’air et l’éther.
Ils correspondent aux 5 voix de la polyphonie, soit respectivement: la basse, le ténor, l’alto, le soprano et … le soprano léger.

Dans la genèse de l’écriture alphabétique coréenne (au 15e siècle), les 5 éléments sont le bois, le feu, la terre, le métal et l’eau.

A chacun des 5 éléments correspond une des 5 consonnes de base, qui renvoie à l’image de l’organe sollicité, mais aussi à une note, à une saison et à une direction:

le bois = les molaires, le printemps, le mi, l’Est
le feu = la langue, l’été, le sol, le Sud
la terre = les lèvres, l’été indien, le do, le centre
le métal = les incisives, l’automne, le ré, l’Ouest
l’eau = la gorge, l’hiver, le la, le Nord

On notera que les 4 directions – les points cardinaux, sont complétés par le centre.

Curieusement, de l’autre côté du monde, dans la tradition des tribus indiennes d’Amérique du Nord, le nombre 4 est aussi un nombre cosmologique sacré, mais il renvoie à une 5e direction, vers laquelle les autres convergent :  le centre.
« (…) il y a 4 mondes, 4 directions, 4 saisons, quatre couleurs fondamentales, etc.  Mais cette succession n’est ni une progression, ni un chemin, c’est un cercle. Elle tourne et regarde sans cesse vers son centre. Il y a quatre directions parce qu’il n’en est qu’une : le début est partout. » (Florence Delay/Jacques Roubaud, Partition rouge, p.9).

Esquisse du monde … ou métaphore du travail musical ?

Un homme devait réaliser l’œuvre de sa vie, une œuvre qui se dressât là comme une maison. Il commença par élever un échafaudage.
Pour réaliser l’échafaudage, il lui fallut de nouveaux préparatifs et d’autres échafaudages. Nombre de ces préparatifs et de ces autres échafaudages exigèrent à leur tour de longues rétrogressions, des constructions de toutes sortes, des efforts astreignants. Des efforts qui dévoraient des journées, tandis que le temps passait.
Le temps passait ; déjà l’on voyait la mort de plus en plus proche, et l’œuvre encore lointaine. Oui, maintenant, l’homme était plus loin de l’échafaudage de l’œuvre qu’il ne l’avait été d’abord de l’œuvre même… Alors qu’il avait passé sa vie en efforts incessants. La mort approchait, le temps pressait. C’est alors que l’homme trouva, sans s’en douter, ou s’en doutant à peine, un mot ; peut-être même le mot s’énonça-t-il tout seul ; et à partir des chemins que l’homme avait suivis, d’elle-même, l’oeuvre se fit.
Etait-ce une maison ? Certains, plus tard, l’appelèrent une maison.
Il n’y eut jamais d’autres maisons.
 
Ludwig Hohl, Chemin de nuit.

Dante ANDREO

Dante AndreoDepuis quelques années, le Madrigal de Lille a mis à son répertoire des oeuvres du compositeur argentin Dante Andreo.

Nous avons eu l’occasion de le rencontrer et de travailler avec lui lors d’un week-end mémorable (plus de détails dans les archives)

Dante Andreo est né en Argentine en 1949. Il s’est consacré complètement à la musique chorale, notamment en se spécialisant en musique espagnole ancienne. Il est chef de choeur et compositeur d’un grand nombre d’oeuvres chorales tant religieuses que profanes. Les chants de la terre, chants de l’air, chant du feu ont été composés en 1997. Ils sont écrits pour 4 voix mixtes a capella. Les 3 cycles forment un enchaînement de pièces courtes, très expressives. Des pièces dansantes alternent avec des pièces plus dramatiques, à l’image de cette Espagne du début du 20e siècle, illustrée par Garcia Lorca. (Michel Pirson)

Au répertoire du Madrigal :

  • Les Cantos sur des poèmes de Federico Garcia Lorca (saisons 2005-2006 & 2006-2007) :
    • Cantos del agua
    • Cantos del aire
    • Cantos de la tierra
    • Cantos del fuego
  • Les cantos andinos (saisons 2004-2005, 2005-2006 & 2006-2007) : trois chants populaires andins harmonisés pour choeur
  • Deux tangos harmonisés pour choeur (saison 2007-2008)
    • Uno
    • Nostalgias
  • Cinq noëls populaires (Concert de Noël 2007)
    • El nacimiento
    • Arbolito
    • La peregrinacion
    • Mazapan
    • Los Reyes Magos

LES CANTOS DE FEDERICO GARCIA LORCA

Traduction Michel Pirson pour Le Madrigal de Lille

CANTOS DEL AGUA

Agua, donde vas ? (Onde, où t’en vas-tu) – in Romancero gitano

Onde, où t’en vas-tu ?
Je m’écoule en riant
jusqu’au bord de la mer
Mer, où t’en vas-tu ?
Remontant le cours d’eau je cherche
la fontaine où me reposer.
Que fais-tu, toi, peuplier ?
Je ne veux rien te dire,
Je ne puis que trembler !
Où lancer mes désirs
par le fleuve et la mer ?
(Quatre oiseaux se sont posés
sans but sur le haut peuplier) ».

CANTOS DE LA TIERRA

Tierra seca (Terre sèche) – in Poèmes de la solea

Terre sèche, terre quiète aux nuits immenses.
(vent dans l’oliveraie, vent dans la montagne)
Terre vieille, de la chandelle et de la peine.
Terre aux profondes citernes.
Terre de la mort sans yeux, et les flèches.
(vent par les chemins, brise dans les peupliers).

Sorpresa (Surprise) – in Poèmes de la Solea

Mort il resta dans la rue, un poignard dans la poitrine. Nul ne le connaissait. Comme tremblait le réverbère ! Mère ! comme il tremblait, le réverbère de la rue !
C’était l’aube, nul ne put paraître à ses yeux ouverts dans l’air dur. Mort, oui mort il resta dans la rue, un poignard dans la poitrine. Et personne, personne ne le connaissait.

CANTOS DEL AIRE

Serenata de Belisa – in Eros avec canne.

Sur les bords de la rivière, la nuit se baigne, et sur les seins de Lolita, meurent d’amour les bouquets.
La nuit nue chante à voix basse, sur les ponts de mars. Lolita lave son corps avec de l’eau de nard.
Ay ! Ils se meurent d’amour les bouquets.

Es verdad (C’est bien vrai) – in Andaluzas

Ah, qu’il me coûte de peine à t’aimer comme je t’aime!
Amoureux, l’air me fait mal, mon coeur et mon chapeau même.
Qui donc voudra m’acheter ce galon tressé de soie, cette tristesse de fil blanc à faire des mouchoirs ?
Ah, qu’il me coûte de peine à t’aimer comme je t’aime!

Remanso, cancion final (« retour au calme, étalement », chanson finale)

Déjà tombe la nuit, les rayons de lune frappent sur l’enclume du soir. Un grand arbre se défend avec les paroles des chanteurs, déjà tombe la nuit. Si tu viens me voir par les sentiers de l’air, tu me rencontreras pleurant, ay ! ma brune, tu me trouveras pleurant sous les grands peupliers.

CANTOS DEL FUEGO

La Lola

Elle lave sous l’oranger des langes de coton ; elle a les yeux verts, la voix violette.
Hélas ! amour, sous l’oranger en fleurs !
L’eau de la rigole était pleine de soleil, dans l’olivier chantait un moineau.
Hélas ! amour, sous l’oranger en fleurs !
Puis, lorsque Lola aura usé tout le savon, viendront les toreros.
Hélas ! amour, sous l’oranger en fleurs !

Il paso de la Siguiriya (Le passage de la Séguidille)

Parmi les papillons noirs, va une fille brune à côté d’un blanc serpent de brouillard.
Elle est enchaînée au frémissement d’un rythme qui jamais n’arrive ; elle a un coeur d’argent et un poignard dans la main droite.
Où vas-tu, séguidille, avec un rythme sans tête ? Quelle lune recueillera ta douleur de chaux et de laurier-rose ? Terre de lumière, ciel de terre.

La voix lyrique

Je tombe sur ces quelques lignes, qui tentent une définition du lyrisme, appliqué à l’écriture romanesque ou à l’écriture théâtrale, mais que je trouve tout à fait pertinente pour approfondir notre réflexion sur cette « voix lyrique » que je demande de travailler. Les chanteurs y reconnaîtront des mots ou des idées… Il est étrange, mais pas tellement finalement, de trouver ici les références au souffle et à la voix.
(la réf. de ce texte: Jean-Paul Goux, in Revue L’Animal, n°16 – printemps 2004, consacré à François Bon, p.167)

Le lyrisme:

Non pas les épanchement sirupeux du moi, mais ce composé d’éléments divers qui permet d’identifier une forme sans constituer pour autant un concept, et qui comprendrait entre autres et sans hiérarchie: la mise en scène de l’émotion (le texte lyrique est un texte ému, un texte qui transporte); la prédominance de la voix (l’oralité, la mise en bouche de la langue, la présence du corps pulsionnel; mais aussi la langue orale, familière; mais aussi l’oratoire, le déploiement de la voix dans la durée, et donc le souffle); la célébration admirative; l’organisation du temps par un rythme sensible (et donc la scansion par reprises: litanies, anaphores, ressassements, condensés métaphoriques récurrents).


J-P.Goux ajoute plus loin une citation de Rilke:

Le lyrisme tend à « la transmutation intégrale du monde en splendeur ».

C’est exactement ça…

Une perfection absolue ?

L’interprétation de l’œuvre musicale n’épuise jamais son objet.
Il est remarquable de noter que les plus grands interprètes eux-mêmes reprennent plusieurs fois le même ouvrage, pour en offrir une approche plus aboutie, plus riche, …

Et pourtant, à chaque étape, nous percevons qu’on touche à la « perfection absolue ». Comme l’expliquait, un jour dans une émission du matin (Première Édition, F.Culture), Yves Angelo, le réalisateur de « Sur le bout des doigts », cette perfection absolue de l’interprétation musicale fait bien partie de notre quotidien, ce n’est pas un idéal inaccessible.
Nous sommes dans la perfection absolue quand la musique est en adéquation parfaite avec nos émotions, dans le moment de l’exécution. Vous voyez bien, je pense, de quoi je veux parler. Et cette perfection absolue est reconductible, par un chemin long et parfois difficile, dans une recherche permanente. L’idéal est, en outre, l’adéquation avec la création, non seulement à travers ce que le créateur a lui-même apporté, mais dans l’ouverture et l’enrichissement magistral de l’expérience accumulée de nos vies respectives. Et là, il n’y a pas de limites. La marche n’atteint pas le but, mais reste toujours une longue marche d’approche.

Et quelle richesse dans cette approche !

Nicolas Bouvier ajoute, admirablement:
 » Cette impossibilité à dire absolument la création, cette marche nocturne et tâtonnante vers un point d’eau que la fugacité, la précarité mais aussi la lourdeur de la condition humaine nous interdisent à tout jamais d’atteindre est sans doute le plus grand cadeau qu’un vivant puisse faire à son semblable. »